[Vivre l’aventure]
La vie sur un long fleuve tranquille
deliacv.tif
Enfant de bateliers, Délia Vermant, photographe, pose un regard sensible et intelligent sur ses contemporains. Elle travaille essentiellement sur des sujets ayant trait à la vie sur l'eau. Portrait.
La vie nomade n'est pas simplement l'apanage des grands voyageurs ou des familles aventurières qui parcourent le globe. Parfois, les familles nomades sont près de chez nous, sur nos rivières françaises, belges ou hollandaises. C'est cette vie sur l'eau que Délia Vermant, photographe, a voulu raconter à ses contemporains. Fille de batelière, cette jeune femme de 30 ans a passé son enfance sur une péniche, au fil de l'eau. Elle en garde un souvenir ému et perpétue, par son travail, la fierté de ces marins pas comme les autres. Lorsqu'on la questionne sur son enfance, Délia est intarissable, un peu comme le sont les grands fleuves sur lesquels elle a navigué. Elle y a tout appris. " Pendant mes six premières années, j'ai été constamment sur la péniche, car l'école n'est pas obligatoire avant cet âge. C'est comme ça que j'ai découvert le monde de la rivière, un monde varié fait tantôt de nature, tantôt de villes et de ports. C'était comme un documentaire en temps réel. Une grande aventure pour une petite fille ! " Puis, elle a dû rentrer à l'école, une école spéciale pour les enfants de bateliers, en Belgique. Une expérience qui a forgé un caractère épris de liberté, déjà peu enclin aux contraintes. " L'école était comme une grande prison qui me tenait loin de ma famille et qui me prenait ma liberté. " Adolescente, elle décide donc de se lancer dans la photographie, un métier qui lui permet de travailler à son rythme et de rester avec la famille des bateliers, qu'elle appelle affectueusement " son village flottant ".

Esprit curieux et libre
Durant toute son enfance, Délia n'a pas seulement été bercée par les flots, elle a aussi été bercée par sa passion pour la photographie. " J'aimais découvrir de nouvelles choses, j'étais très curieuse. Mais je voulais tout garder pour moi, comme dans un jardin secret. La photo était parfaite pour ça. " Artiste dans l'âme, la jeune femme découvre que la photographie est aussi un moyen de poursuivre cette vie nomade qui lui colle à la peau. " Pour moi, vivre pleinement, c'est bouger, découvrir, changer tous les jours mon style de vie. Et surtout, être libre d'esprit. " Cet état d'esprit, on le retrouve dans les travaux de Délia. Que ce soit à travers un reportage sur les enfants de bateliers ou sur les femmes de la rivière, on sent qu'elle pose un regard en connaisseuse. Ses clichés sont précis et résument à eux seuls les situations des protagonistes. Ses projets sont innombrables. Elle est en perpétuelle ébullition. " Le sujet de la vie sur l'eau est énorme, il est sans fin ! " Féministe, elle travaille également sur l'image de la femme dans la société actuelle. " Je met l'accent sur le positif. On entend toujours des histoires tristes à propos de femmes." Adhérente de l'Association des Femmes Journalistes, Délia démontre qu'on peut être un enfant nomade et réussir sa vie. Ce petit mot étant pour les sceptiques… Justement, Délia a peut-être moins de réticences à parcourir le monde. " Mon passeport est valable jusqu'en 2008, je vais en profiter ! " Son prochain projet ? Les enfants nomades, voilà un thème qui devrait ravir tous les lecteurs de ce site.