[Tour du monde]
3. Les relations familiales

Comment avez-vous geré le fait d'être en famille 24h/24 ?
Récit : “Depuis que nous vivons sur un bateau, les enfants se sont habitués à ce mode de vie et ont leurs habitudes. Voyons comment ils s’occupent :
Au mouillage, les baignades et jeux dans l’eau se sont affinés depuis qu’ils savent bien nager et que chacun possède masque, tuba et palmes à sa taille. Rosanne maîtrise parfaitement la brasse et adore ça. Elle fait plusieurs fois le tour du bateau, ou bien de grandes nages avec Constance. Paulin excelle en apnée ; il descend de plus en plus longtemps par 3 ou 4 mètres de fond et remonte du sable, des coquillages ou des étoiles de mer. Hubert est le roi du plongeon. Il a un mouvement puissant et gracieux qui force l’admiration. Pour lui et les autres, nous installons parfois un plongeoir-maison : une longue planche de bois fixée au-dessus du balcon arrière. Ou alors, le tangon est hissé perpendiculairement au mât à l’aide d’une drisse et en pivotant sert de balançoire-plongeoir à partir duquel les enfants font des sauts invraisemblables à plus de deux mètres au-dessus de la mer. Il sert aussi de grue pour les remonter à bord dans de grands éclats de rire.
Ils font aussi beaucoup de dessins, coloriages, découpages, peintures, etc. comme tous les enfants de leur âge. Ils jouent au Lego, au Meccano, construisant des voitures, camions ou maisons. Ils écoutent des cassettes audio (chansons ou histoires) ou regardent des vidéo (dessins animés, films d’aventures pour enfants). Ils ont une bibliothèque importante de livres d’enfants. Ils peuvent en lire certains eux-mêmes, et réclament souvent à Constance qu’elle raconte des histoires. Ils sont aussi très forts pour inventer des jeux de rôle dans lesquels ils imitent des situations déjà vues, en se prenant pour des adultes : Papa et Maman font des manoeuvres ; le papa, la maman et le bébé (il y a 4 ou 5 poupées à bord) ; la marchande et les clients (excellent pour
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apprendre à compter et à rendre la monnaie) ; la maîtresse d’école et ses élèves, etc.
En navigation, les enfants participent et chacun tient son rôle. Quand il faut lever l’ancre,  Rosanne se met à la barre et fait la maneouvre : avancer doucement au-dessus de l’ancre pendant qu’Yves remonte la chaîne. Pendant ce temps, Hubert ou Paulin aide à ranger la chaîne pour éviter qu’elle se mette en pyramide et bloque le guindeau. Quand on arrive dans un mouillage, on fait la manoeuvre inverse : les garçons préparent l’ancre avant qu’Yves la laisse filer, et Rosanne fait reculer le bateau pour que l’ancre croche bien au fond. En navigation, si l’on est au milieu de patates de corail, les enfants se mettent à l’avant et surveillent les fonds. Et bien sûr, les enfants adorent installer et surveiller les lignes de pêche. Ils sont ravis chaque fois qu’on remonte un poisson. Enfin, une fois arrivés, ils aident à ranger les cordages.
Dans ce mode de vie, nous vivons 24 heures sur 24 avec les enfants. Cela produit un type de relation particulier que nous ne connaissions pas à terre. Les enfants écoutent et participent aux conversations que nous avons entre adultes. Cela est à double tranchant bien sûr, mais fait naître chez eux un esprit alerte, responsable puisqu’ils voient bien les sujets et les problèmes dont nous parlons. Ils acquièrent une certaine maturité. On observe à bord ce qu’on voit en colonies de vacances : les enfants parodient les adultes dans des scènes assez drôles où l’on voit les parents faisant la classe, agacés ou ébahis, parlant “bébé” à Lorraine, heureux d’attraper du poisson, ou nous citant dans nos expressions favorites.”

Comment a reagi votre entourage à l'annonce de votre départ ?
La plupart de nos amis étaient incrédules lorsque nous avons annoncé notre intention, parfois même hostiles car ils considéraient que c’était dangereux et inconscient. Puis peu à peu tout est rentré dans l’ordre.

Comment avez-vous garde le contact avec lui ?
Extrait du récit : “Lorsqu’on voyage, il est très important pour le moral de recevoir du courrier : nouvelles, potins, etc. Nous avions choisi un correspondant “courrier” en France pour centraliser et faire suivre notre courrier. Ce sont les parents de Constance qui nous font suivre un gros paquet lorsque nous leur donnons une adresse pour nous le faire suivre en Poste Restante (souvent payante, ne garde le courrier parfois que 15 jours, longues files d’attentes) ou amis chez qui nous pouvons passer le prendre. On peut aussi le faire suivre dans des marinas, des chantiers ou aux bureaux de l’American Express pour ceux qui sont clients. Malgré cette bonne organisation, il reste l’aléa des délais (un colis adressé à la Barbade mi-décembre nous est parvenu en Martinique fin février). Toujours envoyer les lettres groupées dans une seule grosse enveloppe anonyme afin d’éviter les pertes. Se mettre d’accord sur un nom de destinataire et un seul pour éviter de rechercher son courrier : “Y” comme Yves ou “M” comme Montbron ou “L” comme Loren, etc. Eviter les “Monsieur”, “Madame” ou “Famille”. N’envoyer que des photocopies des documents officiels comme relevés de banque ou feuilles de sécurité sociale.
De notre côté, pour donner des nouvelles, nous publions un 4 pages à périodicité variable, “Le vent du large” adressé à tous nos amis et famille qui se sont “abonnés” pour 100 F. Cette somme destinée à couvrir les frais de reprographie, d’enveloppes et de timbres, a été remise à un ami en France à qui nous envoyons notre petit journal et qui se charge d’en faire les photocopies et l’expédition aux abonnés.
Pour rédiger “Le Vent du Large”, nous piochons dans le journal quotidien que Constance écrit tous les soirs : ce que nous avons fait durant la journée, qui nous avons rencontré, les découvertes des enfants... Avec le recul, ce journal quotidien (qui est souvent une corvée du soir et dans lequel on a l’impression de n’écrire que des banalités) se révèle le fidèle témoin de notre voyage, et garde trace de beaucoup de petits événements du quotidien que nous avions vite oubliés, masqués par de nouveaux.”

Quels changements cette experience a t-elle engendrés, sur vous en tant que parents, sur vos enfants ?
Généralement, les gens nous regardent différemment. Mais nous, nous n’avons pas l’impression d’avoir changé.

Vous considerez-vous comme une famille nomade ou est-ce seulement une expérience dans votre vie ?
Nous ne sommes pas des nomades, mais avons seulement voulu vivre une expérience extra-ordinaire (qui sorte de l’ordinaire, ou hors du commun, loin des sentiers battus, comme vous voulez). Aujourd’hui, nous habitons une maison avec 5 chambres et nous avons repris des activités professionnelles ordinaires. Mais nous avons rencontré (ou correspondons par internet) avec des quantités de gens comme nous. On s’est rendu compte que beaucoup de gens sont partis comme nous pour un an, cinq ans ou dix ans. Notre projet, qui paraissait fou à terre, est partagé par beaucoup de gens de bateau qu’on rencontre au hasard des mouillages. Un phénomène sociologique à étudier : désir de quitter pour un temps une vie stressante, trop bien réglée et de retrouver la nature, la liberté, les éléments...

4. Leurs conseils

Si c'était à refaire que changeriez-vous ? 
On changerait des tas de détails, issus de notre expérience. Mais sur le fond, rien. Tout s’est bien passé, même si on a eu des peurs, des craintes, des émotions. Je crois que le plus difficile, c’est de prendre la décision, de se donner l’autorisation intérieure de partir. Après, ce n’est plus qu’une question d’organisation et de planification pour éliminer les obstacles l’un après l’autre.

Quels conseils donneriez-vous à une famille qui veut partir ? 
Nous avons mis un an et demi pour préparer ce voyage. D’autres mettent dix ans et ne partent jamais. Si vous voulez partir, faites-le assez vite sans vous enliser dans des questions de détail. Il y a toujours dix bonnes raisons pour repousser le départ et le temps passe. Allez-y ! Gardez présent à l’esprit que la période la plus difficile, c’est les 6 mois précédant le départ.

Des projets ?
Non, pas de projets de départ pour l’instant, mais nous continuons à voyager par l’intermédiaire d’amis qui visitent notre site (http://www.loren.fr.fm) et nous écrivent pour des conseils avant le grand départ, ou d’autres qui sont partis et que nous suivons dans leur périple.