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[Tour du monde]
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Comment avez-vous geré le fait
d'être en famille 24h/24 ?
Récit : “Depuis que nous
vivons sur un bateau, les enfants se sont habitués
à ce mode de vie et ont leurs habitudes. Voyons comment
ils s’occupent :
Au mouillage, les baignades et jeux dans
l’eau se sont affinés depuis qu’ils savent
bien nager et que chacun possède masque, tuba et palmes
à sa taille. Rosanne maîtrise parfaitement la
brasse et adore ça. Elle fait plusieurs fois le tour du
bateau, ou bien de grandes nages avec Constance. Paulin excelle
en apnée ; il descend de plus en plus longtemps par 3 ou
4 mètres de fond et remonte du sable, des coquillages ou
des étoiles de mer. Hubert est le roi du plongeon. Il a
un mouvement puissant et gracieux qui force l’admiration.
Pour lui et les autres, nous installons parfois un
plongeoir-maison : une longue planche de bois fixée
au-dessus du balcon arrière. Ou alors, le tangon est
hissé perpendiculairement au mât à
l’aide d’une drisse et en pivotant sert de
balançoire-plongeoir à partir duquel les enfants
font des sauts invraisemblables à plus de deux
mètres au-dessus de la mer. Il sert aussi de grue pour
les remonter à bord dans de grands éclats de
rire.
Ils font aussi beaucoup de dessins,
coloriages, découpages, peintures, etc. comme tous les
enfants de leur âge. Ils jouent au Lego, au Meccano,
construisant des voitures, camions ou maisons. Ils
écoutent des cassettes audio (chansons ou histoires) ou
regardent des vidéo (dessins animés, films
d’aventures pour enfants). Ils ont une
bibliothèque importante de livres d’enfants. Ils
peuvent en lire certains eux-mêmes, et réclament
souvent à Constance qu’elle raconte des histoires.
Ils sont aussi très forts pour inventer des jeux de
rôle dans lesquels ils imitent des situations
déjà vues, en se prenant pour des adultes : Papa
et Maman font des manoeuvres ; le papa, la maman et le
bébé (il y a 4 ou 5 poupées à bord)
; la marchande et les clients (excellent pour
En navigation, les enfants participent et
chacun tient son rôle. Quand il faut lever l’ancre,
Rosanne se met à la barre et fait la maneouvre :
avancer doucement au-dessus de l’ancre pendant
qu’Yves remonte la chaîne. Pendant ce temps, Hubert
ou Paulin aide à ranger la chaîne pour
éviter qu’elle se mette en pyramide et bloque le
guindeau. Quand on arrive dans un mouillage, on fait la
manoeuvre inverse : les garçons préparent
l’ancre avant qu’Yves la laisse filer, et Rosanne
fait reculer le bateau pour que l’ancre croche bien au
fond. En navigation, si l’on est au milieu de patates de
corail, les enfants se mettent à l’avant et
surveillent les fonds. Et bien sûr, les enfants adorent
installer et surveiller les lignes de pêche. Ils sont
ravis chaque fois qu’on remonte un poisson. Enfin, une
fois arrivés, ils aident à ranger les cordages.
Dans ce mode de vie, nous vivons 24 heures
sur 24 avec les enfants. Cela produit un type de relation
particulier que nous ne connaissions pas à terre. Les
enfants écoutent et participent aux conversations que
nous avons entre adultes. Cela est à double tranchant
bien sûr, mais fait naître chez eux un esprit
alerte, responsable puisqu’ils voient bien les sujets et
les problèmes dont nous parlons. Ils acquièrent
une certaine maturité. On observe à bord ce
qu’on voit en colonies de vacances : les enfants
parodient les adultes dans des scènes assez drôles
où l’on voit les parents faisant la classe,
agacés ou ébahis, parlant
“bébé” à Lorraine, heureux
d’attraper du poisson, ou nous citant dans nos
expressions favorites.”
Comment a reagi votre entourage à
l'annonce de votre départ ?
La plupart de nos amis étaient
incrédules lorsque nous avons annoncé notre
intention, parfois même hostiles car ils
considéraient que c’était dangereux et
inconscient. Puis peu à peu tout est rentré dans
l’ordre.
Comment avez-vous garde le contact avec lui
?
Extrait du récit :
“Lorsqu’on voyage, il est très important
pour le moral de recevoir du courrier : nouvelles, potins, etc.
Nous avions choisi un correspondant “courrier” en
France pour centraliser et faire suivre notre courrier. Ce sont
les parents de Constance qui nous font suivre un gros paquet
lorsque nous leur donnons une adresse pour nous le faire suivre
en Poste Restante (souvent payante, ne garde le courrier
parfois que 15 jours, longues files d’attentes) ou amis
chez qui nous pouvons passer le prendre. On peut aussi le faire
suivre dans des marinas, des chantiers ou aux bureaux de
l’American Express pour ceux qui sont clients.
Malgré cette bonne organisation, il reste
l’aléa des délais (un colis adressé
à la Barbade mi-décembre nous est parvenu en
Martinique fin février). Toujours envoyer les lettres
groupées dans une seule grosse enveloppe anonyme afin
d’éviter les pertes. Se mettre d’accord sur
un nom de destinataire et un seul pour éviter de
rechercher son courrier : “Y” comme Yves ou
“M” comme Montbron ou “L” comme Loren,
etc. Eviter les “Monsieur”, “Madame” ou
“Famille”. N’envoyer que des photocopies des
documents officiels comme relevés de banque ou feuilles
de sécurité sociale.
De notre côté, pour donner des
nouvelles, nous publions un 4 pages à
périodicité variable, “Le vent du
large” adressé à tous nos amis et famille
qui se sont “abonnés” pour 100 F. Cette
somme destinée à couvrir les frais de
reprographie, d’enveloppes et de timbres, a
été remise à un ami en France à qui
nous envoyons notre petit journal et qui se charge d’en
faire les photocopies et l’expédition aux
abonnés.
Pour rédiger “Le Vent du
Large”, nous piochons dans le journal quotidien que
Constance écrit tous les soirs : ce que nous avons fait
durant la journée, qui nous avons rencontré, les
découvertes des enfants... Avec le recul, ce journal
quotidien (qui est souvent une corvée du soir et dans
lequel on a l’impression de n’écrire que des
banalités) se révèle le fidèle
témoin de notre voyage, et garde trace de beaucoup de
petits événements du quotidien que nous avions
vite oubliés, masqués par de nouveaux.”
Quels changements cette experience a t-elle
engendrés, sur vous en tant que parents, sur vos enfants
?
Généralement, les gens nous
regardent différemment. Mais nous, nous n’avons
pas l’impression d’avoir changé.
Vous considerez-vous comme une famille
nomade ou est-ce seulement une expérience dans votre vie
?
Nous ne sommes pas des nomades, mais avons
seulement voulu vivre une expérience extra-ordinaire
(qui sorte de l’ordinaire, ou hors du commun, loin des
sentiers battus, comme vous voulez). Aujourd’hui, nous
habitons une maison avec 5 chambres et nous avons repris des
activités professionnelles ordinaires. Mais nous avons
rencontré (ou correspondons par internet) avec des
quantités de gens comme nous. On s’est rendu
compte que beaucoup de gens sont partis comme nous pour un an,
cinq ans ou dix ans. Notre projet, qui paraissait fou à
terre, est partagé par beaucoup de gens de bateau
qu’on rencontre au hasard des mouillages. Un
phénomène sociologique à étudier :
désir de quitter pour un temps une vie stressante, trop
bien réglée et de retrouver la nature, la
liberté, les éléments...
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4. Leurs conseils
Si c'était à refaire que
changeriez-vous ?
On changerait des tas de détails,
issus de notre expérience. Mais sur le fond, rien. Tout
s’est bien passé, même si on a eu des peurs,
des craintes, des émotions. Je crois que le plus
difficile, c’est de prendre la décision, de se
donner l’autorisation intérieure de partir.
Après, ce n’est plus qu’une question
d’organisation et de planification pour éliminer
les obstacles l’un après l’autre.
Quels conseils donneriez-vous à une
famille qui veut partir ?
Nous avons mis un an et demi pour
préparer ce voyage. D’autres mettent dix ans et ne
partent jamais. Si vous voulez partir, faites-le assez vite
sans vous enliser dans des questions de détail. Il y a
toujours dix bonnes raisons pour repousser le départ et
le temps passe. Allez-y ! Gardez présent à
l’esprit que la période la plus difficile,
c’est les 6 mois précédant le
départ.
Des projets ?
Non, pas de projets de départ
pour l’instant, mais nous continuons à voyager par l’intermédiaire
d’amis qui visitent notre site (http://www.loren.fr.fm)
et nous écrivent pour des conseils avant le grand départ,
ou d’autres qui sont partis et que nous suivons dans leur périple.
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