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[Tour du monde]
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1.Le voyage
Combien de temps êtes-vous partis ?
Nous sommes partis en famille (Yves et
Constance + 3 enfants) sur un voilier de 11 mètres pour
2 ans en juillet 1996 et revenus en juillet 1998. Durant cette
période, nous avons eu un bébé, qui est
née à Bordeaux, à l’occasion
d’un retour en France de 3 mois.
Combien de pays avez-vous visités ?
Lesquels ?
On n’a pas forcément
visité le pays, mais nous avons fait escale dans tous
ces pays-là : France, Espagne, Portugal, Madère,
Canaries, Cap-Vert, Barbade, Trinidad, Grenade et les
Grenadines, Moustique, St Vincent, Ste Lucie, Martinique,
Dominique, Guadeloupe et dépendances (les Saintes,
Marie-Galante), Antigua et Barbuda, St Barth, St Martin, les
Iles Vierges, Porto Rico, la République Dominicaine,
Haïti, Cuba, les Bahamas, la Floride (USA). Nous avons
revendu le bateau à Miami puis sommes rentrés en
France en avion.
Comment avez-vous finance votre voyage ?
Nous avons acheté le bateau 400.000
francs. Nous l’avons revendu pour la même somme
environ, en dollars américains.
Avant de partir, nous avons
travaillé dur et fait des économies. Cet argent
était en France et nous l’utilisions peu à
peu. Nous avons eu un entretien très explicite avec
notre banquier avant de partir, il a été
très compréhensif et il suit nos comptes. Nous
avons aussi un correspondant “finance” en France.
C’est une amie de confiance à qui nous avons
donné procuration sur nos comptes et qui peut donc
verser de l’argent d’un compte épargne sur
le compte courant lorsque cela est nécessaire. Elle
reçoit aussi nos relevés de banque, de
Sécurité Sociale, d’impôts, etc et
nous en envoie une photocopie quand nous lui donnons une
adresse où nous sommes pour une semaine ou plus.
Au quotidien, nous utilisions une carte
Visa Premier (pour Yves) et une carte Visa internationale (pour
Constance). Nous avions aussi emporté de France des
Dollars US que nous changions en monnaie locale lorsque nous
arrivions dans un nouveau pays. Il ne faut pas compter sur un
carnet de chèque français, même aux
Antilles Françaises !
Nous avons dépensé une
moyenne de 8.000 F mensuels à 6, soit beaucoup plus que
ce que nous pensions avant de partir. Mais nous sommes partis
pour en profiter, pas pour aller dans des endroits merveilleux
et rester au mouillage ! On doit pouvoir voyager en
dépensant moins que nous....
Avez-vous eu peur parfois dans certaines
circonstances ?
Oui, on a eu peur lors d’un accident
assez grave que nous avons eu.
Extrait du récit:
“Passé l’abri naturel qu’offre
Grenade, nous retrouvons un vent fort qui souffle en rafales
à 30 - 35 noeuds, une mer dure, courte, hachée
qui heurte Loren (nom du bateau NDLR) à chaque vague, et
fait tout trembler à l’intérieur. Les
enfants se terrent dans le carré. Sous un choc plus fort
que les autres, Yves tombe de côté sur un des
bancs du cockpit et se fait très mal aux côtes,
à droite ; cassées ou félées sans
doute. Il en souffrira plus d’un mois.
Le mauvais temps dure toute la
journée et nous arrivons, après un bord
interminable contre le vent, à la nuit tombée,
dans la baie de Carriacou où nous nous étions
réfugiés deux semaines auparavant.
L’horreur, nous découvrons une immense
brèche d’un mètre de large dans la coque du
bateau, au fond du coffre à mouillage, entre les deux
flotteurs : on voit la mer à travers. Nous sommes
abasourdis, frappés de stupeur. Ce bateau dans lequel
nous avions confiance, qui nous a menés de Bretagne
jusqu’aux Antilles, qui a traversé
l’Atlantique, est cassé. Nous avons sûrement
heurté un tronc d’arbre, un fût, une caisse
ou un objet flottant entre deux eaux, qui a brisé la
coque. Il est impossible de savoir ni où, ni quand
précisément, tellement le bateau tapait sans
cesse, dans un bruit épouvantable de vent et de mer, et
encaissait choc sur choc. Que faire ? Continuer ? C’est
dangereux si la brèche s’agrandit, si l’eau
pénètre dans le bateau. Ne pas continuer ? Rester
ici à Carriacou, loin de tout ? C’est impensable.
Nous sommes au bout du rouleau, fatigués,
découragés, abattus. En inspectant Loren, nous
découvrons en plus qu’à
l’intérieur, des cloisons sont
déstratifiées, diminuant considérablement
la rigidité de la “boîteæ que
constitue le bateau.
Que faire ? Nous hésitons, nous
tergiversons toute une journée, durant laquelle nous
nous reposons aussi, puis nous décidons de continuer
lentement, en nous aidant du
C’est ainsi qu’en 4
journées de mer, les 4 journées les plus
horribles, les plus insupportables, les plus
épouvantables, les plus inhumaines, les plus
éprouvantes que nous n’ayons jamais vécu,
nous avons fini par arriver à Fort de France. Nous avons
navigué durant ces 4 jours avec un sac de survie
préparé, prêts à évacuer le
bateau en cas de naufrage. Chaque soir, nous redoutions le
lendemain, chaque jour, nous espérions ardemment le
soir. De plus, durant ces 4 jours, où le moteur nous
était indispensable, celui-ci est tombé en panne
à plusieurs reprises (prise d’air dans le circuit
de gasoil) et Yves a dû le réparer en pleine mer,
dans des creux de 3 ou 4 mètres.”
Comment avez-vous géré le
problème de langues dans les divers pays ?
Les parents parlaient Anglais et Espagnol,
ce qui permettait de faire face à la plupart des
situations. Néammoins, pour plus de sûreté,
nous leur avions appris quelques mots d’anglais
(“my name is Rosanne and I live on a boat...”). De
plus, lorsque nous partions en promenade en ville, ils avaient
une sorte d’étiquette accrochée autour du
cou avec une ficelle sur laquelle était leur nom et
l’endroit où était le bateau.
Votre meilleur souvenir ?
1 : l’arrivée à la
Barbade aux Antilles, après 15 jours de traversée
de l’Atlantique. On était fiers d’avoir
réussi ce grand pari.
2 : les Bahamas, magnifiques îles,
plages splendides, solitude et sérénité
totales.
Votre pire souvenir ?
Notre accident entre Grenade et Martinique
(voir plus haut)
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2. Les enfants
Quel age avaient vos enfants ?
Lorsque nous sommes partis, Rosanne avait
6 ans, Hubert 4 ans et demi, et Paulin 3 ans et demi. Ils se
sont très bien adaptés à la vie à
bord. Au bout de quelques semaines, le bateau était
devenu leur domicile normal.
Vous aviez un bébé à
bord, comment se passait la vie quotidienne avec lui ?
Extrait de notre récit :
“Repartir avec un nouveau-né sur un bateau,
surtout lorsque c’est un quatrième enfant, nous
semblait une gageure. Force est de reconnaître
qu’après une période d’adaptation, la
présence d’un tout petit n’est pas un poids.
Lorraine a pris ses marques dans son petit lit à
barreaux que Yves avait fabriqué en France et
emporté en pièces détachées. Elle
couche dans la cabine avant tribord, les deux garçons
occupant ensemble la cabine arrière bâbord. Ses
repas au sein se font à la demande et on augmente peu
à peu ses stations assise dans un Maxi-Cosy qu’on
nous a donné. Deux ou trois bains rafraîchissants
ponctuent sa journée, durant lesquelles,
progressivement, elle s’agite et se lève en
s’agrippant aux bords de sa baignoire, une caisse en
plastique, ex-coffre à jouets.
C’est quotidiennement que nous
découvrons les progrès qui caractérisent
cette période chez tous les bébés. Les
enfants ne sont pas peu fiers lorsqu’ils
découvrent que Lorraine attrape tout ce qui est à
sa portée, le porte à la bouche, se met à
quatre pattes, sans savoir quoi faire ensuite. Les
progrès sont quotidiens et nous émerveillent.
En navigation, elle est couchée
dans une cabine arrière plus proche du centre de
gravité et dort beaucoup, bercée par les
mouvements du bateau.
L’arrivée de cette petite
soeur a transformé Rosanne qui se révèle
excellente deuxième maman et qui, du même coup,
s’est autonomisée de façon spectaculaire
dans toutes ses activités, dont son travail scolaire.
Notre vie s’organise souvent en
fonction des horaires de Lorraine, mais pas toujours. En effet,
il est fréquent que nous laissions deux ou trois enfants
à bord pour garder le bébé, ce qui nous
permet de faire des choses à terre (courses rapides)
sans la déranger. Cela se passe à merveille et
les enfants en sont toujours très fiers. A
d’autres moments, nous nous promenons à 6, avec
une poussette.”
Avez-vous eu des apprehensions avant de
partir ? pour vous ? pour vos enfants ?
Non, nous avons aplani nos craintes en
rencontrant des gens qui étaient partis avant nous en
famille, qui nous ont rassurés. Comme
Concernant la scolarité de vos
enfants, avez-vous préféré les cours
classiques (CNED) ou "l'école de la vie" ?
Pourquoi ?
L’école (cours par
correspondance du CNED pour Rosanne et Hubert) se fait le matin
et occupe entre 2h 1/2 et 3h. C’est souvent une vraie
bataille de les faire travailler, ils se rebellent,
s’opposent, lambinent. Mais à force de patience et
de persuasion, la progression scolaire est bonne, les notes
excellentes [...]. Paulin, quand à lui, fait des fiches
pédagogiques que nous avons ramenées de France et
qui le préparent à rentrer en classe en septembre
98.
Comment vos enfants se sont-ils
comportés durant le voyage ? Se sont-ils parfaitement
adaptés ?
Aucun problème, les enfants sont
très adaptables et souples. Ils ne se posent pas de
questions dès l’instant où ils sont avec
leurs parents, en confiance.
Les enfants se sont parfaitement
adaptés à cette vie entièrement nouvelle
(ils n’avaient jamais fait de bateau) et ils
l’apprécient. Ils sont souvent un vecteur de
communication avec les populations locales ou d’autres
bateaux au mouillage : ils vont vers les gens, leur parlent, et
nous faisons facilement connaissance. La découverte de
nouveaux pays, de façons de vivre si différentes
de nous, montrent qu’il y a mille et une façons
d’être heureux, même pauvres.
La vie que nous menons comporte souvent
des nouveautés qui attirent les enfants et ils en sont
ravis.
Nous nous rendons compte que le temps
passe vite au rythme (lent) où nous allons. Nous sommes
plus posés, plus près des enfants (qui sont plus
près de nous aussi), plus disponibles pour des
rencontres, des échanges, des découvertes. Moins
d’a-priori, de jugements tout faits sur ce qui nous
entoure.
Y'a t-il un âge idéal pour les
enfants ?
Non, nous avons rencontré des
familles avec des enfants de tous âges. Cependant, il
faut reconnaître qu’il est plus facile de faire la
classe à des enfants petits. De plus, les adolescents
que nous avons rencontrés n’avaient pas
l’air très heureux à bord d’un
bateau, coincés avec leurs parents. Cela se comprend. A
ces âges, on préfère être avec ses
copains et se construire loin des adultes.
Votre retour, comment le vivez-vous ? et
vos enfants ?
Nous sommes rentrés il y a 4 ans.
Le retour a été difficile pour moi (Yves) car je
ne m’y étais pas assez préparé.
C’est plus dur de revenir et retrouver une petite vie
tranquille que de partir pour la grande croisière ! Mais
le reste de la famille s’est très vite
adaptée, surtout les enfants.
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