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[Psycho]
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Souvenirs, souvenirs
Des ex-enfants d’expats parlent
de leur jeunesse
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Lorsque nous avons écrit que les
enfants s’adaptaient très bien au voyage et
à l’expatriation, nous avons eu plusieurs
réactions nous conseillant de relativiser nos propos. De
ce fait, nous avons voulu interviewer des ex-enfants
d’expats, devenus adultes, afin qu’ils nous
confient leurs petits bonheurs et leurs déconvenues.
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Une belle expérience, mais...
Quand je vois à quelle vitesse
Aymeric, mon petit garcon (qui avait 3 ans et demi lorsque nous
sommes arrivés à San Diego) s’est
adapté dans son nouvel environnement, je n’ai pas
pensé une seconde que ce pourrait être
différent avec un autre enfant... Pourtant, si les
anciens fils et filles d’expat que j’ai
contacté sont tous heureux d’avoir vécu
cette expérience de taille, certains d’entre eux
restent mitigés. C’est le cas de Fabienne, qui a
vécu durant 14 ans à l’étranger,
dans 10 pays plus exactement, depuis l’âge
d’un mois ! Son père était un expert du
développement agricole et c’est pourquoi ils ont
tant voyagé. “Pendant
des années, j’ai dit que oui, c’était
formidable pour l’ouverture d’esprit, raconte t-elle, mais
maintenant, à 35 ans, alors que je suis expatriée
avec mon mari, je perçois nettement les
difficultés qui étaient les miennes et celles de
mon frère cadet. Comme tous les enfants, j’avais
besoin de repères solides. Les installations dans des
pays différents ont toujours été
très difficiles pour moi et les départs aussi.” Insertion dans une nouvelle école,
gestion de la différence de langue, multiplication des
destinations... Fabienne avoue être marquée par
cette enfance nomade. “La
conséquence pour mon caractère, avoue t-elle, une forte
instabilité et des difficultés
d’attachement aux gens.”
Céline, qui a toujours vécu à
l’étranger, vit les choses plus positivement, mais
affirme que ces expatriations ont façonné son
caractère de façon plutôt originale :
“J’ai un regard assez
unique sur le monde, grâce à cette
expérience. Je n’ai pas de notion de patrie, de
patriotisme, j’ai un rôle d’observateur,
toujours. Je me sens plus ouverte, plus prête à
essayer de nouvelles choses, à voyager... en fait,
j’ai besoin de cela.”
Mais il y a forcément un revers à la
médaille. “En
étant déraciné, on a parfois des moments
très solitaires... Ce besoin de voyager nous
éloigne de notre famille et des gens que l’on
aime. Ils me manquent beaucoup.”
Céline avoue également avoir toujours la
bougeotte : “ça me
prend tous les 2/3 ans, envie de changer d’environnement,
physiquement.”
No problemo ?
Malgré tout, on sent chez les
enfants d’expat une force de caractère et une
capacité d’adaptation à toute epreuve !
Comme Laurent, parti vivre pendant 12 ans en Côte
d’Ivoire, pour suivre son papa, coopérant agricole
: “Je ne pense pas à un
problème, on était jeunes, on avait une vie
aisée là-bas. On était des durs à
cuire en plus !” Un portrait
que ne dément pas son frère, Nicolas, qui nous
répond qu’il était “heureux, sans hésitation !” et que son seul problème
concernait les retours en France... Tout comme Bernard, expat
pendant 6 ans entre Algérie et frontière suisse,
qui cite “l’incompréhension
des français à notre retour, de
l’évolution précoce engagée par
cette vie d’aventures.”
Bien ! Les garçons seraient-ils plus insouciants ?
Dragos, qui a passé 7 ans cumulés en Algerie et
au Maroc, confirme que la vie était douce pour le jeune
garçon qu’il était alors : “Cela m’a permis de découvrir de
nouvelles cultures, des gens différents, mais
néanmoins intéressants. Je disposais d’une
liberté assez grande et étant d’une nature
suffisamment sociale, je n’ai pas eu de problème
majeur à part la barrière de la langue locale
[arabe], que je n’ai jamais apprise...” La barrière de la langue semble pourtant
s’évanouir assez rapidement, surtout si
l’enfant est jeune, comme en témoigne Marnix, qui
a vécu durant 8 ans, de 10 à 18 ans, en
Allemagne, car son papa avait eu une promotion : “Je suis très heureux de cette
expérience, je suis aujourd’hui bilingue et je
connais la culture allemande !”
Et la barrière culturelle ? Peut-elle poser un
problème à l’enfant ? Céline pense
que oui : “Je n’ai eu de
vrais problèmes qu’en déménageant
aux USA, à cause du changement total de culture, de
moeurs, de langue, et de système scolaire. Je passais de
l’école française privée à
l’école publique américaine : un
véritable choc culturel. [...] Les highschools
américaines fonctionnent tout à fait
différemment... Il y a de vraies cliques. Les films
américains, qui semblent être des parodies,
n’en sont pas toujours ; les cheerleaders, les
footballeurs, les marginaux, les nerds, ça existe
vraiment. Tout, dans la société américaine
fonctionne par groupe, par communautés et pour une
déracinée, c’est difficile car elle ne veut
appartenir à aucun de ces groupe culturels.” La scolarité revient très
souvent dans les propos de ces ex-enfants d’expat.
L’enfant passe effectivement un bonne partie de son temps
à l’école. La scolarité de certains
est une vraie mozaïque, comme pour Fabienne par exemple,
qui a testé “tous les
systèmes existant à l’étranger :
école française, école locale, cours par
correspondance dans les villes où il n’y avait pas
d’école française, et cours de rattrapage
en fonction des programmes français si differents de
ceux du pays d’accueil.”
Il a de quoi y perde son latin parfois. D’où le
conseil éclairé de Céline : “mettez vos enfants dans une bonne école,
surtout...”
Bis repetita
La plupart de ces enfants d’expat ont
tenté (ou sont prêts à tenter)
l’aventure à l’âge adulte avec,
parfois, leurs propres enfants. Evidemment, ils se
considèrent mieux armés pour répondre aux
problèmes que peuvent rencontrer leurs petits. Fabienne,
aujourd’hui expat au Mexique, s’explique : “Je suis extrêmement vigilante sur les
étapes d’adaptation . Ma fille de 3 ans va dans
une école espagnol/anglais. Il y a un jour où
elle n’y va pas, car c’est le jour du
catéchisme. Ce jour-là, elle fait du
français avec moi, même si c’est très
mal vu ici de rater l’école et surtout le
catéchisme ! Mais contrairement à mes parents, je
ne lui demanderai pas de s’adapter à tout prix. Je
veux qu’elle garde un oeil critique et surtout, je fais
en sorte qu’elle garde un lien fort avec la France.” Ce lien avec sa culture d’origine
est un souci récurrent chez les enfants d’expat.
Nicolas, qui se prépare à partir aux USA avec sa
femme et sa petite fille, confirme : “Il est très important de ne pas oublier
où sont nos racines et d’entretenir le lien :
prendre des photos et essayer de garder le contact avec les
amis qu’on y a laissés. Il m’est encore
difficile de répondre clairement à la simple
question ‘d’où viens-tu ?’. Notre
rythme a été de changer tous les 5 ans et nous
voilà repartis pour de nouvelles découvertes.” Dragos, aux USA depuis quelques
années avec ses trois filles, est d’accord, mais
conseille néanmoins de “ne pas les couper du pays dans lequel il vivent, sinon,
cela ne sert à rien.”
Tout comme Bernard, qui s’apprête à venir
aux USA : “Le plus important
est de faire de cette expérience un enrichissement. Pour
cela, il faut confronter les enfants à la culture
locale. Par son histoire, ses fêtes, ses coutumes, sa
bouffe, ses richesses et ses pauvretés. Il m’est
arrivé de bouffer des lentilles et du riz pendant des
semaines en Algerie quand c’était la penurie.
J’ai fait la queue pour des oeufs. On a fait 100 km pour
de la crème fraîche. Et ça fait partie de
ma force aujourd’hui de savoir la vanité
d’un hamburger !”
Marnix, qui a connu l’expat lorsqu’il était
ado, et qui doit s’expatrier aux USA dans quelques mois
avec sa femme, préfère mettre l’accent sur
ce point : “Expliquez bien
à vos enfants en quoi va consister leur future vie,
préparez-les bien avant et reconsidérez,
éventuellement, votre projet en fonction de leur
âge si le départ les coupe trop de leur
environnement vital.” Un juste
dosage qu’il n’est pas toujours évident de
gérer... Mais c’est faisable “en regardant chez l’enfant, s’il y a
des signes d’angoisse ou d’inquiétude
liés au changement, surtout à
l’adolescence, où l’on a besoin, même
si l’on joue au grand, de repères solides”, indique Fabienne. Toutefois, inutile de
s’alarmer avant le grand saut, le tout est
d’être vigilant... On laisse le mot de la fin
à Laurent qui nous confie que s’il devait partir
avec ses enfants, il ne “changerait
rien, car les bonnes choses comme les mauvaises sont de toute
manière formatrices !”
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Leurs meilleurs souvenirs :
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Laurent, 12 ans en Côte
d’Ivoire :
Nous étions des blancs
quasi-intégrés aux Africains, je pense que
c’était parce que nos parents
n’étaient pas militaires. Nous étions des
garnements, sales, jamais chez nous, toujours à
conquérir un nouveau territoire avec nos vélos et
nos camarades de jeu. Et puis, j’aime les animaux en
général : j’ai été servi !
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Fabienne, a vécu dans 10 pays en 14
ans :
La grandeur du monde et sa beauté.
La diversité des gens. Les odeurs. Les couleurs. Bref,
tout ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis peintre,
en tout cas, c’est souvent ce que l’on me dit.
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Céline, 5 pays en 18 ans :
Des mardis et vendredis (jours
feriés en Arabie) à la plage, le sable blanc et
farineux sous les pieds, les magnifiques coquillages et
poissons de la Mer Rouge, le camping dans le désert, la
pêche aux homards, les maîtresses et maîtres
géniaux à l’école française
de Jeddah, mes camarades, les bougainvillées dans la
cour de l’école, qui à
l’époque, était une villa de prince
reconvertie, les “bonnes” qui faisaient vraiment
partie de notre famille, une d’elle d’ailleurs,
dormait avec moi, dans ma chambre, ma chambre, tiens,
gigantesque, avec le ronronnement du climatiseur tout le temps.
Et puis, en Grèce, les orangers, les citronniers, les
amandiers dans le jardin, les mini-voyages dans les îles,
la retsina et les tavernes, les randonnées en montagne,
les disputes entre le côté franco-grec et le
côté greco-français du lycée
franco-hellenique d’Aighia Paravski.
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Nicolas, 14 ans entre le Zaïre et la
Côte d’Ivoire :
Les concours de saut en bicross dans les
champs de manioc, les premiers amours, noirs ou blancs,
l’aloco (banane plantin frite), vendue au bord de la
route dans une feuille de palme. Les bagarres avec
Pépé le Boy qui nous fabriquait lance-pierre
(l’équivalent de la Sega aujourd’hui) et
arcs, qui nous a suivi partout là-bas. Ida, le chien,
qui mangeait les poules de maman tellement elle était
contente de voir la voiture arriver ! Les cadeaux de Noël,
commandés pendant les vacances d’été
en France et envoyés par cantine en Afrique. Le
“club des petits”, rendez-vous télé
chaque soir à 7h00 avec tous les dessins animés
de notre génération (Goldorak, Boula, Candy ou
Tom Sawyer). La chasse au margouillat (un gros lézard),
la chasse à l’homme contre la bande adverse (la
guerre des boutons). La réserve animalière du
nord, brousse et animaux sauvages au menu. Le club
français le dimanche, piscine, tennis et grillades avec
tous les amis. Une très grande liberté et une
très grande indépendance, une famille qui se
serre les coudes.
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Marnix, 8 ans en Allemagne :
La fête de la bière et les
super notes en langues dans le supérieur !
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Bernard, 6 ans entre Algérie et
frontière suisse :
Le désert algérien à
l’aube, inoubliable, mystique. On l’a
traversé de long en large en 4L. La traversée
d’Alger à pied pour rentrer du collège. Les
arrêts chez les marchands de glaces italiennes. Les
après-midi dans la boulangerie du quartier le plus
pauvre de Mostaganem.
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