[Education]
Ecole à la maison :
une maman expat parle de son expérience
Monalee, expatriée en Arabie-Saoudite depuis presque 3 ans, a commencé l’école à la maison un peu contrainte et forcée. Mais, même si elle ne se sentait pas l’âme d’une institutrice, elle a réussi à trouver un équilibre et une organisation pour ses enfants.
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- Pourquoi avoir choisi de faire l’école à la maison ?
Monalee : En vérite, ce n’était pas un choix. Nous sommes à 450 km de l’école française la plus proche et l’école internationale locale, dont les cours se font en anglais, ne nous a pas séduite par le contenu pédagogique de ses programmes. Comme nous serons amenés à rentrer en France un jour ou l’autre, la seule solution raisonnable est l’école à la maison. Nous n’aurions pas fait ce choix s’il y avait eu une école française à proximité, car je ne me sentais pas l’âme d’une maîtresse.

- Quel âge ont vos enfants ?
Monalee : Mes enfants ont 6 ans et 8 mois et 5 ans et demi. Ils avaient 4 ans et 2 ans et demi, quand j’ai commencé à faire avec eux, sous forme d’activités ludo-éducatives, le programme de la petite et moyenne section de maternelle. Je ne suis pas très inventive ; j’ai besoin de supports. En la matière, on trouve beaucoup de livres en France qui respectent le programme de l’Education Nationale. Internet est riche dans ce domaine également. Et bien sûr, il y a les CD-Roms éducatifs.

- Comment vous organisez-vous ? Y-a t’il une journée-type ?
Monalee : L’année dernière, je n’étais pas bien organisée. C’était au gré de l’humeur des enfants et de la mienne. Et puis, par ma formation d’auxiliaire de puériculture, je mettais beaucoup l’accent sur certaines activités telles que la pâte à sel, les jeux d’eau, la peinture, les perles, les chansons mimées. C’était l’occasion de “travailler” le langage, car ici, l’un des principaux problème est la stimulation langagière des enfants, leur seule source étant les parents et la télé. D’ailleurs, les chaînes francophones ou proprement françaises ont été d’un grand secours, car je regardais avec les enfants, j’enregistrais et on pouvait revoir et commenter ! Pour en revenir au langage, c’est pendant les vacances, au centre aéré, que mes enfants font des progrès en langage : le contact d’autres enfants parlant français est très bénéfique.

- Est-ce que vous suivez un programme, comme par exemple le CNED ?
Monalee : L’an dernier, j’ai inscrit ma fille en grande section de maternelle au CNED. Comme je l’ai déjà dit, j’ai besoin de suivre un programme et suivre le programme de l’Education Nationale me rassure. J’ai ainsi moins l’impression de m’égarer. Donc, depuis l’an dernier, nous nous sommes petit à petit organisés. D’abord 2 heures par jour, 5 jours par semaine ; mais pas toujours à la même heure, car cela dépend de l’heure à laquelle ils se réveillent. C’est 2 heures entre 8h00 et 12h00.
Les cours du CNED sont accompagnés d’un agenda du tuteur, je le suivais. Mais, à un moment donné, j’ai senti que ma fille s’ennuyait car c’était très scolaire. Là, j’ai changé un peu en ayant recours à d’autres supports, mais en suivant le même programme. Cette année, c’est différent ! Elle est en CP et elle a 20 devoirs à rendre de septembre à juin. Comme elle a des difficultés en graphisme, elle suit aussi le cours de graphisme, pour lequel elle doit rendre 8 devoirs. Donc cette année, on s’en tient au programme : 2 heures le matin, 2 heures l’après-midi. Là aussi, ce n’est pas à 10 minutes près ! Le cours particulier étant très intense, on arrête au bout de 45 minutes à 1 heure. Dès que je sens qu’ils ne captent plus, on fait une pause et on reprend. Nous avons une pièce réservée à cet usage, avec un tableau noir : c’est très utile, on l’utilise souvent. Mais je me place aussi en face d’eux, autour de la table.
J’ai beaucoup lu ce qu’écrivent les parents déscolarisants sur leur façon d’instruire leurs enfants d’une façon exclusivement ludique. J’avoue ne pas arriver à faire pareil ; les activités pratiques préalables à une leçon sont souvent ludiques, mais il arrive toujours un moment où l’on n’a plus le choix : il faut revenir au scolaire.
Mon fils fait le même programme, sur un support différent en mathématique et comme le graphisme lui plaît, il se joint à nous quand il le désire.

- A quelles difficultés vous heurtez-vous ?
Monalee : Notre plus gros problème est que, scolairement parlant, on est très isolés. Rencontrer des enfants pour jouer, c’est bien, mais le groupe, en terme d’émulation, est quelquechose d’important. Je pense aussi que l’apprentissage scolaire nécessite une tierce personne. Mes enfants font souvent de la résistance ; ils poussent les limites et essayent de se soustraire au travail parce que je suis leur maman. Je crois qu’ils ne feraient pas la même chose avec un maître ou une maîtresse.
Mais d’un autre côté, ma fille, qui a quelques difficultés, se trouve privilégiée pour l’instant par ce mode d’instruction, car je respecte son rythme, je reviens sur une notion non acquise tant qu’elle en a besoin. Par exemple, quand je me suis rendue compte qu’en lecture la méthode globale pure ne lui convenait pas, j’ai plus insisté sur l’acquisition des syllabes de base.

- Quel bilan feriez-vous de cette experience ?
Monalee : Si ce n’est ni un choix, ni une vocation au départ, je trouve que c’est une belle aventure à partager en famille, mais pas au delà du primaire pour ma part.

- Quel conseil donneriez-vous à une famille qui souhaite déscolariser ses enfants ?
Monalee : Bien réfléchir avant de décider de déscolariser : c’est très prenant, cela nécessite une bonne organisation, il faut prévoir un espace pour cela, pour que les enfants fassent la différence entre les temps scolaires et les temps réservés à d’autres activités. Il faut continuer à jouer pour jouer avec eux, aussi. Pour un enfant qui a un léger retard intellectuel, c’est idéal et ça peut lui éviter l’école spécialisée qui le mettra peut-être en échec ou lui fera rencontrer des enfants violents. De plus, cela met en valeur ses capacités, jusqu’à ce qu’il arrive à dépasser ses difficultés. C’est une grande responsabilité ; on a tendance à culpabiliser si une notion ne rentre pas. Il n’y a personne pour vous rassurer et vous dire que c’est normal, que ça va venir, qu’il y aura un déclic !